14.7.06

Libéralisme et philanthropie

La nouvelle équation philanthropique de l'hypermonde

Par Gérard Ayache, sa biographie

Cet article a été rédigé par un reporter d'AgoraVox, le journal média citoyen qui vous donne la parole.

Il y a quelques jours, la presse hypermondiale annonçait à grand renfort de dithyrambes, le don mirobolant du milliardaire américain Warren Buffett au profit de la fondation caritative de Bill Gates et de sa charmante épouse. Warren Buffett apporte 85 % de sa fortune, soit 31 milliards de dollars qui vont compléter le fonds de Gates déjà garni à hauteur de plus de 30 milliards de dollars. Ces 61 milliards de dollars vont servir la bonne cause : réduire la pauvreté sur la planète. On ne peut que se féliciter et se réjouir de ce geste hautement philanthropique. Néanmoins, sans vouloir être rabat-joie, cette information laisse perplexe, à plusieurs titres, l'observateur attentif de notre société de grande confusion.

Ces chiffres battent tous les records de la philanthropie ; ils sont impressionnants et ne veulent pas dire grand-chose pour le vulgum pecus. Madeleine Albright, l'ancienne chef de la diplomatie de Bill Clinton, nous aide à mieux comprendre : elle fait remarquer que le don de Warren Buffett dépasse à lui tout seul le montant de l'aide publique américaine pour l'humanitaire et le développement. La fondation dispose ainsi d'un pactole équivalent à deux fois ce que l'Etat le plus puissant de la planète dépense pour les mêmes causes. Nous sommes ici en présence d'un cas typique où le privé se retrouve en compétition dans une fonction traditionnellement régalienne des Etats : l‘aide au développement.

Cette mutation est typique de notre société hypermondiale dominée par une idéologie qui ne cesse depuis trente ans de s'évertuer à réduire le périmètre de compétences des Etats. Souvenons-nous de ce que disait Pascal Salin, professeur d'économie à l'Université de Paris-Dauphine, et qui fut président de la fameuse Société du Mont-Pèlerin, dans la continuité de plusieurs prix Nobel comme Milton Friedman, George Stigler, James Buchanan ou Gary Becker. Il écrivait, dans son livre-manifeste Libéralisme, paru en 2000, que pour un libéral authentique, « il n'y a pas de place pour l'État », expression de la contrainte et de la négation de la liberté. Il poursuit : « L'État est l'ennemi qu'il faut savoir nommer ... L'État-nation, caractéristique des sociétés modernes, est par nature incompatible avec une société de liberté individuelle. C'est pour cette raison profonde que la mondialisation, si elle contribuait effectivement à la destruction des États-nations, serait un bienfait pour l'humanité. »

Ce rejet radical de l'État est une constante de la pensée libérale moderne qui observe la soumission des pouvoirs publics et des administrations à des groupes de pression, à des intérêts catégoriels, à des motivations subjectives décrites dans la théorie de capture de la réglementation (George Stigler). Pour les libéraux modernes, l'intervention de l'État est condamnée car elle empêche le bon fonctionnement du marché ; c'est pour cette raison de fond qu'il faut réformer l'État et en réduire le périmètre. Dans cette optique de privatisation de la décision politique, des fonctions de plus en plus nombreuses, qui étaient assignées autrefois à l'État, sont déléguées à la société civile ou au marché. Se posent alors de sérieuses questions sur les confins de la souveraineté étatique.

Si on laisse de côté les motivations, plus ou moins sincères ou désintéressées, de nos deux philanthropes, et si on se place sur un registre moins technique, cette information laisse perplexe sur le fonctionnement de l'hypermonde dans lequel nous vivons. Deux individus, sur la planète, ont la capacité, par leur seule fortune, d'aller au secours de six milliards d'êtres humains. La nouvelle équation philanthropique de l'hypermonde laisse rêveur.

L'ennui...

L'ennui a aussi des vertus
LE MONDE | 04.07.06 | 14h53 • Mis à jour le 04.07.06 | 14h53


"Qu'est-ce que j'peux faire ? J'sais pas quoi faire !"
Qui ne s'est pas un jour senti dans la peau d'Anna Karina, déambulant de long en large sur une plage, en proie au plus profond désoeuvrement, dans cette célèbre scène du film Pierrot le fou ? Et quel parent, à l'approche de l'été, ne s'est pas demandé avec plus ou moins d'anxiété comment occuper sa progéniture durant ces longues semaines sans école ? Car les enfants ne s'ennuient pas seulement le dimanche, mais aussi - et parfois rudement - pendant la longue "vacance" de juillet-août.

A lire

Vivre l'ennui à l'école et ailleurs : cet ouvrage collectif dirigé par Joël Clerget (192 p., 16 €) est une réflexion au carrefour de la psychanalyse et de la sociologie, issue d'une enquête menée auprès d'enseignants et d'élèves du CM1 à la terminale. Disponible aux éditions Eres (BP 75278, 31152 Fenouillet cedex, tél. : 05-61-75-15-76 ; www.edition-eres.com).

"L'ennui et l'enfant" : le thème du nº 60 (juin 2005) de La Lettre de l'enfance et de l'adolescence permet d'approfondir les aspects psychologiques, sociologiques et philosophiques de l'ennui. Cette revue trimestrielle éditée par Eres (110 p., 13 €), coordonnée par le Groupe de recherche et d'action pour l'enfance et l'adolescence (Grape), développe une réflexion sur les évolutions de la famille, en liaison avec les missions de service public et les pratiques professionnelles.


L'ennui : selon le dictionnaire Robert, il s'agit d'"une mélancolie vague, une impression de vide, une tristesse profonde, une lassitude morale, quand on ne prend d'intérêt, de plaisir à rien". Pas très exaltant, c'est sûr. Si l'inaction s'installe massivement, si l'humeur flirte avec la dépression, il faut évidemment s'en inquiéter. Mais vouloir tromper l'ennui à tout prix, est-ce si nécessaire ? C'est en tout cas l'impression que donne le fonctionnement de notre société moderne, où tout est fait pour qu'il soit évité. Dès le plus jeune âge.

A la crèche, par exemple, où les activités proposées aux tout-petits sont devenues la règle. "Dans nombre d'entre elles, les enfants sont soumis à un hyperactivisme avec un emploi du temps séquencé dans lequel l'organisation journalière est constituée d'une succession d'activités discontinues", estime Nicolas Murcier, éducateur dans le champ de la petite enfance. Les choses ne se calment guère à l'école, où les enseignants n'hésitent plus à découper en tranches les heures de cours afin d'éviter l'ennui aux élèves. Et à la maison, il y a... la télévision.

Les enfants la regardent partout dans le monde, et pas moins de deux heures par jour selon les dernières statistiques européennes. Pourquoi ? Pour éviter l'ennui, affirme Marina D'Amato, professeur de sociologie à l'université de Rome-III. D'après les milliers d'études publiées depuis les années 1940 sur les rapports entre enfants et télévision, celle-ci, en effet, serait toujours un deuxième choix.

"Les sports, la famille, la vie associative, les arts, le cinéma sont toujours préférés à une après-midi devant l'écran, précise-t-elle. Donc la télévision remplit le vide de l'ennui." Avec une stratégie de plus en plus élaborée dans la structure des programmes - dimension émotive de l'histoire, calcul du rythme d'attention, utilisation des sons et des lumières - pour que le spectateur n'en soit pas distrait.

Faut-il le déplorer ? S'en réjouir ? Pour les spécialistes de l'enfance, une chose est sûre : avoir trop peur de l'ennui nuit. Le désoeuvrement, soulignent-ils, possède aussi son versant positif. Appliqué à petites doses, il permet de développer l'imaginaire, la créativité, la connaissance de soi. Mais pour qu'il soit constructif, il faut que l'enfant ait "appris" à s'ennuyer très tôt, et qu'il puisse trouver dans son environnement les moyens d'y pallier par lui-même.

Et si c'était les adultes qui, les premiers, trouvaient insupportable l'ennui de leur enfant ou de leur adolescent ? "Certains parents se souviennent très bien de l'ennui éprouvé lorsqu'eux-mêmes étaient enfants, remarque le pédopsychiatre Roger Teboul, responsable de l'unité Ado 93 au CHU de Montreuil (Seine-Saint-Denis). Dans la course effrénée vers le bonheur et la réalisation individuelle, ces mêmes parents veulent à tout prix éviter à leurs enfants de se trouver confrontés à ces sentiments de vide, de lassitude, de mélancolie, condensés dans ce lamentable "Je m'ennuie !" qui les plongeaient jadis dans un grand désarroi." Mais il n'est pas pour autant nécessaire de se précipiter sur la télécommande de la télévision ou sur la console de jeux pour y échapper. Ni d'organiser en urgence une activité dès le moindre temps libre.

Car le processus de maturation qui fait de l'enfant un adulte implique un travail psychique. Or, explique Roger Teboul, pouvoir s'ennuyer "sans se perdre dans le vide de sa pensée" permet d'effectuer ce travail, particulièrement nécessaire au moment de l'adolescence. Le temps du repli sur soi, celui de tous les enthousiasmes, mais aussi de la solitude et du non-désir, qui se double d'une étrange sensation de vide.

"Au seuil de l'adolescence, les longues périodes d'ennui sont fréquentes. Elles ont leur utilité et devraient être respectées, souligne le psychiatre, en ajoutant qu'il ne sert à rien d'aller au-devant du désir des adolescents. Cela leur évite précisément de se poser la question de ce qu'ils veulent, question qui devient fondamentale pour exister en tant que personne à part entière." Nous voilà prévenus : lorsque nos adolescents seront cet été avachis sur une chaise, le dos vouté et la mine morne, le mieux sera de s'éloigner sur la pointe des pieds en disant : "Chut ! Les enfants s'ennuient... "

Catherine Vincent
Article paru dans l'édition du 05.07.06

Zizanie sur Dr Zidane et le Zizou Garou...

Le carton rouge, par François Weyergans

LE MONDE | 10.07.06 | 13h59 • Mis à jour le 10.07.06 | 13h59

Dès qu'on essaie de comprendre un peu, qu'on s'en réjouisse ou qu'on le subisse, l'engouement périodique et planétaire pour le football, l'emballement inouï ou invraisemblable pour quelques joueurs devenus emblématiques, eh bien, on a du boulot ! Encore heureux qu'on s'emballe pour des joueurs : au moins ne sont-ils pas, jusqu'à nouvel ordre, virtuels. Ni vertueux : il y a, sublimée ou explicite, pas mal d'agressivité dans l'air pendant un match (dire qu'aux débuts du football on jouait sans arbitre, de même qu'il a fallu du temps pour que les orchestres aient un chef !). Une équipe de football ressemble à une meute. C'est une des choses qui doivent plaire là-dedans, les rapports entre individu et groupe. Faudrait-il relire Le Livre de la jungle ? Découvrir chez tel ou tel joueur un côté Mowgli, même si certains font parfois songer à des Petits Princes ayant grandi ? C'est mince et maigre, comme comparaisons, quand on pense à tout ce qui s'est écrit ou dit pendant ce Mondial. Prenons Zinédine Zidane. Mowgli, lui ? Petit Prince devenu vieux ?

A propos d'âge, j'en profite pour rappeler que l'Anglais Stanley Matthews, adoré par mon père quand j'étais jeune, que ce Matthews, donc, dans les années 1950, ramène à 3-3 un score de 3-1 à l'âge de trente-huit ans et finira sa carrière professionnelle à cinquante ans. C'est au remarquable livre de Ken Bray : Comment marquer un but (éditions Lattès), mon livre de chevet depuis quinze jours, que je dois d'avoir retrouvé le nom de Matthews et le récit de la finale Blackpool-Bolton, mais revenons à Zidane. On pourrait parler aussi des gardiens de but. En regardant Fabien Barthez accablé après la victoire des Italiens aux tirs au but, je me disais : "Un acteur voudrait faire ça, il aurait du mal."

Revenons à Zidane enchanteur plutôt que magicien... Ce n'est pas un Anglais comme Ken Bray, par ailleurs docteur en physique quantique, qui aurait traité Zidane d'archange, de saint ou de dieu, ni même, comme l'actuel président de la République française improvisant devant un micro de télévision, d'homme "qui a incarné les plus grandes qualités humaines que l'on puisse imaginer". Il y avait quelque chose d'écoeurant dans tout ce que j'ai pu lire sur Zidane, c'était pire que ce lieu commun : un concert d'éloges, mais à quoi bon dire du mal de ceux qui ont dit trop de bien de Zidane. Ce n'est pas sa faute. A-t-il lu tout ça ? Ce doit être étouffant. Si on parlait de lui comme d'un rare et merveilleux joueur de football, ce ne serait pas si mal. On l'a traité de Nijinski du football. Comme il n'y a plus personne de vivant qui ait vu Nijinski danser, on aurait pu dire le Noureev du foot, mais un footballeur n'est pas un danseur, ça n'obéit pas aux mêmes règles, ça ne se confronte pas de la même façon à l'espace et au temps.

Zidane reçoit un carton jaune dans je ne sais déjà plus quel match, et voilà qu'il s'en trouve galvanisé et marque aussitôt un but d'une extrême élégance, comme un paragraphe très bien écrit, comme une phrase rapide (de Morand, de Cocteau ?). Si je parle d'écriture, c'est à cause du sélectionneur Domenech, qui un jour à la mi-temps déclara : "Le match ne s'écrit pas en 45 minutes, il s'écrit en 90 ou en 120 minutes." L'emploi de ce verbe "écrire" est loin d'être bête. Tout à coup apparaissent les figures de style, la rhétorique, Aristote, carrément Aristote et sa catharsis...

"En tant que romancier", Zidane m'intéresse beaucoup plus pour ce qu'on devine de lui que pour ce qu'il montre. Tout en jouant, il cache bien son jeu. Il semble qu'il ait eu une sorte de nuit obscure ou de pari de Pascal qui l'ont convaincu de revenir dans l'équipe de France. Dans une interview, il dit qu'il n'en parlera jamais "jusqu'à son dernier souffle". On parlait à son propos de tragédie grecque et voilà qu'avec son carton rouge du 9 juillet, il donne raison à Sophocle : on ne juge d'une vie humaine qu'à la fin (dans son cas, c'est plutôt la carrière et la fin annoncée de cette carrière qui est "en jeu").

Ce carton rouge est un grand moment. Les réactions immédiates furent : "C'est un coup du sort, le hasard, la colère, fermons les yeux, oublions ça." Il y a là au contraire à l'oeuvre une espèce de pulsion d'autodestruction devant laquelle je m'incline en pensant au dicton un peu psychanalytique : "C'est quand ça ne va pas que ça va." Grand moment que l'arbitre avait à juger, mais pas moi, pas nous.

François Weyergans est écrivain.



Reportage

Zidane, héros lointain et décevant de la Castellane

LE MONDE | 10.07.06 | 15h12 • Mis à jour le 10.07.06 | 15h34
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3226,36-793951@51-794033,0.html

Cent dixième minute. Le ralenti montre Zinédine Zidane asséner un coup de tête à un défenseur italien. Ça crie devant l'écran du rétroprojecteur : "Ouaich Zizou !" Ça rigole. On applaudit le geste. Puis, carton rouge. Zidane expulsé. Presque aucune réaction de tristesse ou de compassion pour "l'enfant du quartier" qui a passé son enfance dans cette cité de la Castellane. "Zizou" sort du terrain dans la quasi-indifférence, sous le regard d'une cinquantaine de personnes massée devant l'entrée du bar-tabac de la place Tartane, cité de la Castellane à Marseille (Bouches-du-Rhône).

Quelques filles, des "chibanis" - les anciens -, des jeunes blacks, beurs, et beaucoup d'enfants. Surexcités par les caméras de télévision. Ça casse des bouteilles en verre, allume des pétards et des feux d'artifices. Ici, forcément, le nom Zidane est sur toutes les lèvres. Il est natif de cette cité située à quelques kilomètres du Vieux-Port. Bien évidemment, tout le monde le connaît. De "visu", ou simplement parce que certains ont grandi avec lui.

Alors, assis sur un scooter, sur une chaise ou sur un canapé emprunté à un voisin, chacun y va de son commentaire. "Dans une finale de la Coupe du monde, tu n'as pas le droit de mettre un coup de boule, s'irrite Nabile Saouche. Il n'a pas été pro jusqu'au bout. Il tire sa révérence sur une mauvaise note." Plus loin, Bilal Zekri, pense l'inverse : "C'est un mec calme qui ne fait pas n'importe quoi. L'Italien mérite. Il a certainement mal parlé à Zidane."

Difficile de croire que la cité a vu naître la star. Aucun signe extérieur, pas de banderoles ou d'affiches avec l'effigie du retraité le plus célèbre de France. Zidane est absent des murs recouverts de tags. Très rares sont les jeunes qui ont un maillot au nom du joueur. Au pied des immeubles défraîchis, il reste une icône vénérée, mais il est peu apprécié. Déception, un peu de jalousie, pas mal d'amertume. On lui reproche de ne pas assez s'investir pour le quartier.

"On l'aime parce qu'il est une idole. C'est du respect, assure Farid Idri, gérant du bar-tabac. Mais, il ne fait rien pour le quartier. Franchement, il n'a pas pu nous mettre un écran géant pour qu'on le regarde. Là, on a dû se débrouiller tout seul pour en avoir un." Il continue à égrener ce qui le chagrine. "Il pourrait financer la construction d'un terrain de foot et encadrer plus les minots", affirme-t-il, lui qui affiche dans son commerce le maillot du Real Madrid dédicacé par Zidane. "C'est un bidon, assène à son tour Temy Kanes. Il ne peut pas aider les gens du quartier d'où il vient ? Putain, il est milliardaire. Il pourrait changer la vie de pas mal de familles ici."

Son ami, Aziz Boutelflika, se dit "dégoûté" : "Il ne vaut rien. Il fait bonne figure à la télé, devant les politiques. Mais il nous a lâchés. Regardez ! Le quartier est empoisonné. Il est crade. C'est la misère ici. J'ai vraiment les boules. Il ne faut pas qu'il oublie qu'il sort de ce béton." La Castellane, 5 000 habitants, est considérée comme l'une des cités les plus pauvres de Marseille. Un taux de chômage qui flirte avec les 54 %, soit trois fois plus que la moyenne de la cité phocéenne. Les 15-25 ans sont les premières victimes. Près de 60 % sont sans emploi.

Pourtant, sur la place Tartane - en forme de terrain de foot - là où "Zizou" a réalisé ses premiers passements de jambes, les jeunes enfants rêvent d'être le prochain Zidane. "Ils ont envie de s'en sortir, raconte Hocine Djelloul, 34 ans. Zidane donne l'espoir à ces petits. Même l'hiver, je les vois en "survêt" s'entraîner sans relâche." "Moi, je suis fier de lui. Il représente le quartier et donne le sourire. C'est trop beau", s'émeut Driss Faha, 18 ans. "Grâce à lui, on parle de la cité mais en bien. Ça change des voitures qui brûlent ou du trafic", poursuit Farid Djelloul, 16 ans.

Le match est terminé. La petite place se vide rapidement. De très jeunes enfants jouent au ballon et fracassent sur le sol les bouteilles de bière en verre laissées par les "grands". Brahim Saly, fan de Zidane au point que la boucle de sa ceinture fait défiler en continu le nom de sa star en lettre rouge, est "triste". Nordinne Madi, 14 ans, a "envie de pleurer". Leurs amis les narguent, "contents" que la France ait perdu.

Ça discute du carton rouge. Il s'en trouve quelques-uns pour y voir au moins un signe positif, comme l'ultime empreinte d'un Dieu vivant redevenu homme devant des centaines de millions de téléspectateurs. Zinédine Zidane, 34 ans, dans son exil de milliardaire, avait donc emporté avec lui les reliquats de son passé. Ayoub Argoubi, 17 ans : "Zidane restera un grand joueur. Il nous a peut-être oubliés, mais son coup de tête, c'est un vieux reste de la Castellane."

Mustapha Kessous
Article paru dans l'édition du 11.07.06

Les paradoxes de l'affaire Zidane, par Pierre Jaxel-Truer

LE MONDE | 13.07.06 | 13h40 • Mis à jour le 13.07.06 | 13h40

Que restera-t-il de la Coupe du monde de football ? Au palmarès, indélébile, une ligne, sèche comme un été dans les Pouilles, la région d'origine du désormais célèbre Marco Materazzi : vainqueur de l'édition 2006, l'Italie. Au rayon des impressions, des sentiments, l'affaire se complique.

Là, se mêlent le respect du sens moral, l'affect, le goût des grandes comédies et des parfaites tragédies. Dans ce joyeux bazar, chacun est maître d'établir son propre bilan et d'ériger ses théories d'un soir en certitudes. Là, le temps fait office de juge de paix, et le courant dominant, qui finit par tout emporter, n'émergera que lorsque l'affrontement des marées contraires se sera calmé.

Aujourd'hui, pourtant, une chose est déjà sûre. L'événement de la Coupe du monde aura été un coup de tête, au sens propre comme au figuré. La scène, vue, revue, disséquée, appartient désormais, le mot n'est pas trop fort, à l'Histoire, au patrimoine universel. Comme la célèbre "main de dieu" de Diego Maradona lors du quart de finale Argentine-Angleterre de 1986.

En direct, lors de la finale de Berlin, près de 500 millions de téléspectateurs à travers le monde ont vu ceci : Zinédine Zidane, à dix minutes de la fin du match, au coin de la surface de réparation italienne, se tourne vers Marco Materazzi, lui faisant signe qu'il n'a guère apprécié que ce dernier lui tire le maillot. Puis il s'éloigne, en direction du centre du terrain, précédant de quelques pas son adversaire, qui lui parle. Brusquement, il s'arrête, se retourne, et frappe violemment, du front, la poitrine du défenseur de la Squadra azzurra, qui s'effondre. Ce moment de violence, bref, impérieux, est une anomalie dans un spectacle d'ordinaire calibré. Une incongruité sur un terrain où les joueurs savent très bien, dès leur plus jeune âge, ce qu'il en coûte de répondre à une provocation. Un vilain exemple, aussi.

S'ensuit, dans cette partie devenue folle, un long moment de flottement. L'arbitre et ses deux assistants, sur la pelouse, sont les seuls à n'avoir rien vu. Devant son écran, chacun attend l'inévitable sanction ou la poursuite, comme si de rien n'était, de la rencontre entachée d'une marque indélébile. Puis, recourant au quatrième arbitre - et peut-être à la vidéo, car les règles s'effacent parfois en catimini devant l'exceptionnel -, l'assesseur de la rencontre expulse Zinédine Zidane, qui disputait son dernier match de football.

Que retenir, de cet instant étiré en longueur, qui a eu la particularité de laisser le temps aux premiers commentaires ? La palette des réactions instinctives observées est large : il y a eu les silencieux, murés dans leur étonnement ; les rigolards, dédramatisant l'instant ; les enthousiastes, pour qui un " bon coup de boule" est une vraie "affaire d'homme" ; les tenants du fair-play, aussi, pour qui la fête a été gâchée par un geste inconséquent. Et tant d'autres.

Au lendemain de la défaite, vient le temps des premiers écrits. La tonalité générale est celle de la condamnation, tempérée déjà, par l'admiration unique qu'exerçait l'artiste du ballon rond. Les plus sévères sont souvent les journalistes, les plus tendres les écrivains appelés à tenir chronique dans les quotidiens. Des artistes, eux aussi.

Au deuxième jour du sacre de l'Italie et de la sortie tête basse de la grande figure du Mondial en Allemagne, le discours dominant change. Le temps est désormais celui de la compréhension, et, pourquoi pas, de la compassion. La presse anglo-saxonne, notamment, s'intéresse au second protagoniste de l'histoire, Marco Materazzi. Les journaux britanniques ont rivalisé d'experts en lecture labiale pour déterminer quels furent les propos du défenseur italien avant que le courroux de l'icône ne se manifeste. Qu'importe si la science n'est pas exacte, une motion de synthèse pourrait arriver à cette conclusion : "On sait tous que tu es le fils d'une pute terroriste", aurait dit le costaud tatoué de la Squadra azzurra, à qui l'on a tout d'un coup trouvé des airs de méchant.

Le retournement s'opère et l'icône, décapée, retrouve de son lustre. Non, ce n'était pas bien de donner un coup de tête, mais quand même, peut-on tenir rigueur à quelqu'un de craquer face à des attaques aussi viles ? Pauvre "Zizou", entend-on, il méritait une autre sortie.

"IMPARDONNABLE" MAIS SANS REGRETS

Le troisième épisode s'écrit ainsi déjà en filigrane. La véritable victime est le génial meneur des Bleus, et le coupable le laborieux défenseur des nouveaux champions du monde, sur qui pèse l'infamie d'un propos raciste, le terroriste renvoyant à la confession musulmane de Zinédine Zidane. Merveilleux retournement. L'explication publique du Français, mercredi 12 juillet, sur Canal+, a confirmé la tendance : regard profond, il a évoqué les mots "très durs" de Marco Materazzi, sans jamais les prononcer. Se déclarant "impardonnable" - mais sans regrets -, il a désigné son adversaire dans le rôle du "vrai coupable".

Quelles leçons tirer de cette histoire ? La première, c'est que c'est une histoire comme on en trouve peu. Le retour de l'idole, le succès jusqu'en finale, et l'acte impromptu, qui fait tout déraper. Il est si bon de tirer sur sa trame pour la faire déborder du cadre.

La deuxième, c'est qu'un événement somme toute pas si extraordinaire que ça - Zinédine Zidane a été expulsé 14 fois durant sa carrière -, par la force d'une exposition médiatique extraordinaire, a pris une incroyable dimension. Les médias ont semblé courir après l'opinion, prompte à absoudre le champion. Les politiques ne sont pas en reste. En France, Jacques Chirac a ainsi exprimé au no 10 des Bleus "l'admiration et l'affection de la nation tout entière". Le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, a envoyé une lettre au "demi-dieu" d'origine kabyle pour lui exprimer "sa solidarité et son amitié".

La troisième offre un paradoxe : l'agression physique de Zinédine Zidane contre son agresseur verbal, en toute logique, aurait dû ternir la compétition et le football, mais, au contraire, elle les renforce. Leur toute-puissance, unique, saute aux yeux. Qu'on ne se méprenne pas : ce football-là, avec ses insultes et ses représailles, n'a aucune vertu éducative ; son pouvoir réside simplement dans l'auto-exacerbation de son incroyable force. Prolifique en devises, il est pour le reste stérile. Sa victoire est donc une défaite, ou inversement.

La quatrième leçon, plus heureuse, relève d'un autre paradoxe apparenté : si la beauté du jeu, dans son idéal noble, est passée par perte et fracas, ce dernier reste le grand vainqueur. Car il s'agit bien d'un grand jeu, où chacun refait l'histoire, conscient, finalement, de l'importance relative de la polémique. Quoi de plus réjouissant que cette gigantesque discussion de bistrot, sur tous les tons, sur tous les modes, à l'échelle planétaire ?

Pierre Jaxel-Truer
Article paru dans l'édition du 14.07.06

8.2.06

Souffler le chaud et le froid

Tant qu'à être pessimiste (1er article) ou optimiste (2e article) , autant l'être à fond!

(sources: www.cyberpresse.ca)

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La fin du monde est à nos portes...

François Cardinal

La Presse

Si les apôtres de la fin du monde étaient encore rares il y a quelques années, les dernières semaines ont prouvé qu'ils étaient de plus en plus nombreux, tant dans la communauté scientifique que médiatique. La question, semble-t-il, n'est plus de savoir si le climat se dérègle, mais bien à quelle vitesse. Et surtout, s'il est trop tard pour contrer la menace...

Depuis le mois de janvier dernier tout particulièrement, les observations et prévisions des experts vont en effet dans le sens d'un réchauffement planétaire s'accélérant à un rythme jusqu'alors sous-estimé. Si nous n'agissons pas d'ici sept ans, a même soutenu hier le premier ministre britannique, Tony Blair, il risque d'être trop tard pour l'humanité.

Parmi tous ces récents rapports, un en particulier a fait le tour du monde et a frappé l'imaginaire, celui du Goddard Institute for Space Studies de la NASA. La conclusion: 2005 partage avec 1998 le titre d'année la plus chaude depuis plus d'un siècle. Et comme si ce n'était pas assez, on précise que depuis 1900, les années où la température a été la plus élevée sont 1998, 2002, 2003, 2004 et 2005...

Inquiétant, vous dites! D'autant plus que El Niño explique la présence dans cette courte liste de l'année 1998. Lorsque cette dernière est exclue, le palmarès des années les plus chaudes se concentre donc entièrement après 2000.

Alarme

Fait rarissime, les deux plus grands journaux des États-Unis, le Washington Post et le New York Times, ont tour à tour sonné l'alarme au cours des derniers jours dans la foulée du rapport de la NASA. Alors que la plupart des Américains n'en ont que pour la future progéniture du couple Pitt-Jolie, les deux quotidiens affirment qu'il y a péril en la demeure.

«Maintenant que la communauté scientifique s'entend pour dire que l'activité humaine est la cause du réchauffement de la planète, la question est de savoir si les changements climatiques évoluent si vite que, d'ici quelques décennies, l'homme sera incapable de ralentir ou de renverser cette tendance», pouvait-on lire dans le Washington Post.

Le grand quotidien de New York, pour sa part, se concentrait sur la censure imposée à la NASA par l'administration Bush. On déplorait ainsi que le président des États-Unis tente par tous les moyens de cacher le fait que le monde court à sa perte.

Si tout cela n'est pas suffisant, le scientifique James Lovelock vient tout juste de publier un livre apocalyptique à Londres. Connu mondialement pour «l'hypothèse Gaïa» qu'il a créée dans les années 70 - la Terre est un vaste système qui s'autorégule seul -, Lovelock écrit, dans The Revenge of Gaïa, que le point de non-retour est imminent.

Si, comme il est prévu, la planète se réchauffe de trois degrés au cours des 50 prochaines années, cela provoquera une série de conséquences dramatiques, croit-il. Il prévoit la disparition de la forêt tropicale, ce qui entraînera l'évacuation d'une vaste quantité de dioxyde de carbone dans l'atmosphère. La fonte du Groenland provoquera l'inondation de nombreuses villes dans le monde. Les réfugiés écologiques se compteront par millions. Etc.

Pour Lovelock, les discours optimistes comme celui du gourou du design Bruce Mau sont tout simplement irresponsables face à ce qu'il qualifie de plus importante menace qu'a connue l'humanité.

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DESIGNER CANADIEN DE RÉPUTATION INTERNATIONALE

Bruce Mau: écolo et optimiste

François Cardinal

La Presse

Est-ce possible d'être à la fois écologiste et optimiste? De croire à l'existence des changements climatiques tout en rejetant les discours apocalyptiques? Le designer canadien le plus connu au monde, Bruce Mau, croit que oui. De passage à Montréal, ce gourou a tenté de convaincre ses très nombreux disciples... avec un discours qui heurtera bien des sensibilités chez les environnementalistes.

Le mouvement des écolosceptiques est mort de sa belle mort. Si on remettait encore en question le réchauffement de la planète il y a cinq ans à peine, ce questionnement a laissé place depuis à une lente résignation: non seulement les changements climatiques existent-ils, ils sont en cours et s'accélèrent, clament en choeur les scientifiques.

L'empreinte de l'homme est partout, nous disent-ils. Dans les températures élevées qui ont fait de 2005 l'année la plus chaude en 100 ans. Dans la fonte sans précédent des glaces de l'Arctique. Dans les ouragans, si nombreux que l'alphabet ne suffit plus pour les nommer. Dans l'Amazonie, qui n'a pas connu pire sécheresse depuis des décennies.

Certes, le mouvement sceptique a eu ses belles années dans la foulée de la publication du livre The Skeptical Environmentalist, écrit en 2001 par le Danois Björn Lomborg. Mais deux ans plus tard, force est de constater que la notoriété de ces incrédules a monté aussi vite qu'elle est redescendue.

Tout comme le débat, d'ailleurs, qu'a tenté de lancer l'auteur américain Michael Crichton avec son essai/roman State of Fear, publié ces derniers jours en français (État d'urgence). Rares sont ceux qui croient comme lui que le réchauffement de la planète est l'invention de scientifiques peu scrupuleux.

Comment réagir?

Cela dit, comment réagir à la menace? Avec pessimisme ou avec optimisme? De passage à Montréal, où il s'est adressé jeudi dernier à une salle archipleine de l'Université McGill, le designer de réputation internationale Bruce Mau a tenté cette réponse sous forme d'interrogation.

«La question est: comment vais-je me comporter si je pense que les choses empirent ou si je crois plutôt qu'elles vont s'améliorer? Cela est primordial car lorsque les gens pensent que ça empire, ils se conduisent égoïstement. Et lorsqu'ils pensent que les choses s'améliorent, ils choisissent plutôt de s'engager, d'investir dans leur famille, dans leur communauté», a-t-il dit en entrevue avec La Presse.

Mondialeme
nt connu pour la complicité qu'il a développée avec les plus grands architectes de la planète, comme Rem Koolhaas et Frank Gehry, Mau a une armée de fidèles qui voit en lui un véritable gourou. Acclamé un peu partout pour la conception du nouveau MoMA de New York, pour ses espaces verts urbains ou pour les ouvrages sur lesquels il a travaillé, il a été qualifié de «maître incontesté du design au Canada», par le Globe & Mail.

Fort de cette réputation, il s'est attaqué ces dernières années à une tâche titanesque: dresser le portrait de l'avenir du design. À la demande de la Vancouver Art Gallery, il a ainsi mis sur pied Massive Change, une exposition itinérante qui fait encore aujourd'hui énormément parler d'elle au Canada anglais et ailleurs.

C'est précisément en préparant cette exposition, plus particulièrement en faisant le tour du monde afin de cerner l'avenir du design, qu'il a approfondi sa réflexion sur les questions environnementales.

Et ce qu'il a vu un peu partout le remplit aujourd'hui d'optimisme... et de rancoeur pour les oiseaux de malheur que sont à ses yeux les écologistes.

Crise et solutions

Il en a ainsi contre le discours écolo ambiant qu'il estime défaitiste et néfaste. Lorsque les scientifiques David Suzuki et Hubert Reeves vont jusqu'à prédire la fin du monde si rien n'est fait, comme ils l'ont fait à Montréal l'automne dernier, cela ne fait que démotiver les gens, déplore-t-il avec force.

«Le problème avec la rhétorique de Suzuki c'est qu'elle tourne en rond, poursuit-il. C'est un peu comme s'il disait qu'il n'y a rien à faire, sinon rentrer chez soi et se jeter en bas d'une falaise. Les gens ne peuvent faire autrement que d'agir négativement lorsqu'ils croient qu'il n'y pas d'issue positive possible. Or, ce n'est pas la seule chose qui se passe actuellement. C'est vrai qu'il y a une crise, mais il y a aussi des millions de solutions.»

«Le thème de Massive Change, précisément, ce sont les solutions que nous mettons de l'avant dans le monde pour résoudre le genre de problèmes que Suzuki et les autres environnementalistes montrent continuellement du doigt.»

Lors de la conférence qu'il a prononcée la semaine dernière, Bruce Mau a multiplié les exemples de villes ayant su faire face au défi environnemental: Bogota, en Colombie, Curitiba, au Brésil, etc. Il a aussi dressé une longue liste d'inventions aussi originales que riches en possibilités.

«S'il y a un impact lié à notre empreinte écologique, il y a aussi et surtout un million de cas où on réhabilite des écosystèmes, où on investi de la bonne manière, croit-il. Mais Suzuki tente de ramasser des fonds pour résoudre la crise. Il est donc moins intéressé de dire que nous sommes en train de sauver la planète...»

Riches et pauvres

Bruce Mau croit que l'homme peut, avec un peu d'ingéniosité, s'adapter à tout... à condition d'être capable de voir le monde autrement. Dans l'exposition Massive Change, le Torontois a ainsi superposé la carte du monde de la pauvreté ainsi qu'une carte du potentiel énergétique solaire de la planète pour montrer qu'un regard neuf suffit pour trouver des solutions.

«On s'est rendu compte que ces deux cartes étaient presque identiques, a-t-il lancé à ses disciples. Il suffirait donc que l'on mette sur pied une technologie permettant de transformer adéquatement le solaire en énergie pour que les plus pauvres des pauvres deviennent riches.»

Simpliste, la rhétorique du designer? Plusieurs estiment que oui. Lorsque son exposition a quitté Vancouver pour Toronto, l'an dernier, les critiques de la Ville reine sont même allés jusqu'à dire que Bruce Mau faisait finalement partie des ligues mineures du design. Le gourou était recalé au rang de vulgaire disciple!

Mais Mau n'a que faire de ce genre de commentaires. À son avis, cela fait partie du discours défaitiste ambiant. «Nous tentons de nous convaincre que le monde s'en va à sa perte alors que les faits nous prouvent le contraire. Dans toute l'histoire de l'humanité, il n'y a pas eu meilleur moment pour être en vie qu'aujourd'hui.»

7.2.06

Évoluer au rythme des catastrophes

Evoluer au rythme des catastrophes

par Laure NOUALHAT
QUOTIDIEN : mardi 07 février 2006
http://www.liberation.fr/page.php?Article=357311

Marseille envoyée spéciale

Quand le neuropsychiatre Boris Cyrulnik croise le botaniste Jean-Marie Pelt, ils causent avec allégresse de la fin du monde et de son effet sur l'âme humaine. Rencontre enthousiaste à Marseille.

Pensez-vous que nous puissions encore sauver la planète ?

Jean-Marie Pelt. La réponse est forcément oui. Si vous répondez non, vous restez devant votre télé ou vous jouez au Scrabble. Bien sûr, si vous dites oui, vous tirez un trait sur une vie tranquille et facile, mais vous avez au moins le sentiment de faire votre devoir, sans baisser les bras. On peut sauver la terre, mais le codicille est que nous devons impérativement changer, et vite.

Boris Cyrulnik. Oui, on peut encore sauver les meubles puisque nous changeons un peu à chaque catastrophe. L'évolution humaine se fait au travers de catastrophes. Le mot lui-même veut d'ailleurs dire cela : «cata», c'est la coupure, et «strophe», le discours. Quand ça s'effondre, on déploie un tel génie qu'on invente autre chose. Aujourd'hui, notre système s'emballe et il évolue irréversiblement vers la perversion. Donc, oui, nous allons évoluer, changer, mais nous l'aurons payé cher, car ce sera au prix d'autres catastrophes. L'homme a toujours déséquilibré les systèmes naturels, mais jamais avec autant de pouvoir qu'aujourd'hui.

J.-M. P. Sur la théorie des catastrophes, je suis totalement d'accord. Une bonne catastrophe fait bouger les choses. Prenez l'exemple de La Nouvelle-Orléans. Avant ce terrible déchaînement de la nature, peu de maires se sentaient concernés par le climat aux Etats-Unis. Désormais, 150 villes américaines font partie d'un réseau de lutte contre le changement climatique. Le maire de la ville a été entendu et l'administration Bush a pris des mesures d'économies d'énergie. Si bien qu'à Montréal, en décembre, elle a accepté de discuter de l'après-Kyoto. C'est la théorie du pied dans la porte qu'utilisent les démarcheurs. Typiquement aux Etats-Unis, il n'y a que les habitants des côtes qui sont sensibilisés aux questions climatiques, c'est une merveilleuse illustration de l'évolution par les marges !

B.C. Quand les choses nous angoissent, nous refusons de les voir. Pourtant, nous savons qu'elles existent. Mais nous ne pouvons vivre avec ces angoisses perpétuellement présentes à l'esprit. En ce sens, les catastrophes industrielles ou technologiques sont des grains de sable qui perturbent notre évolution. Elles sont ponctuelles et graves, mais ce qu'il y a de plus grave à long terme se situe peut-être ailleurs.

Quel est l'impact de la crise environnementale actuelle sur notre psyché ?

B.C. Enorme. Nous sommes façonnés, pétris par le milieu physique et l'environnement dans lequel nous vivons. Bien plus qu'on ne le croit. Au début de l'humanité, l'écologie était dure. On avait faim, froid, peur. Dès l'instant où nous avons inventé la technologie pour nous protéger, notre monde mental a changé. Nous nous sommes mis à maîtriser la nature, puis à la haïr. Ensuite, ce fut le tour des hommes. Aujourd'hui, notre ennemi, c'est nous-mêmes. Toute modification technologique modifie la manière dont on se pense. Quand le milieu change, notre manière de penser change aussi. Faites varier la température d'une pièce et observez les comportements individuels des personnes qui s'y trouvent. Plus il fait chaud, plus on parle intimement. C'est physiologique. En hiver, vous dormez en vous recroquevillant sur vous-même, et l'été vous avez besoin d'élargir votre surface d'évaporation et vous vous étalez... Quand il fait chaud, on parle de soi, quand il fait froid, on parle philo !

J.-M. P. Avec le réchauffement climatique, on s'aimera de plus en plus !

Quelles sont, selon vous, les priorités en matière de protection de l'environnement ?

J.-M. P. Nous devons faire en sorte que cette petite et fragile fleur qu'est le développement durable pousse sur les restes du mythe de la croissance infinie. Il faut réussir l'après-Kyoto, endiguer le réchauffement et ses conséquences, puis faire en sorte que la directive européenne Reach sur les produits chimiques aboutisse, c'est-à-dire moraliser la chimie. Je n'ai rien vu de réellement neuf depuis la fin du XIXe siècle, à part l'écologie. Et celle-ci a enfanté le développement durable. Si le développement durable ne se contente pas d'être une vague couche de peinture verte sur des murs fissurés, nous aurons réussi à sauver la planète. On parle toujours de 2100 ou 2300, mais cela concerne tout simplement nos enfants et les leurs.

B.C. Une cause ne provoque pas un effet, mais une convergence de causes provoque différents effets. Peut-être que la catastrophe en cours, silencieuse, c'est plutôt la baisse de fertilité des hommes : 20 % des couples connaissent des problèmes de fertilité aujourd'hui, et un tiers dans les dix ans à venir. Conséquence de cela : on va surinvestir les enfants, et un enfant surinvesti, c'est aussi grave qu'un enfant abandonné.

J.-M. P. Nous sommes entrés dans l'ère de la sixième extinction des espèces. La dernière a eu lieu à la fin du permien, il y a 225 millions d'années. A cette époque, 95 % des espèces vivantes à la surface de la Terre ont disparu. C'est peut-être notre tour.

2.2.06

Pneus et caoutchouc pas si souple...

... lors d'une visionnement d'une publicité pour l'achat de pneu ou lors de votre prochain achat... Ça, c'est la réalité derrière le produit. Ça, c'est le monde en 2006.

G.
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Les forçats de Firestone


La servitude a la peau dure. L'épaule de John Mulbah s'est fabriqué une carapace, mais s'enfonce bizarrement en son milieu. Précisément au point d'équilibre où, trois à quatre fois par jour, pèse sur son corps le long balancier lesté de deux seaux remplis de latex. John Mulbah porte les stigmates de l'employé de la plantation d'Harbel, à une quarantaine de kilomètres au sud de Monrovia, la capitale du Liberia. Le cal du saigneur d'hévéas. Le sceau de Firestone.


"Trente-sept pounds...", "38 pour le second...". L'un après l'autre, John Mulbah et ses compagnons suspendent leurs récipients au crochet de la balance. Plus de 60 kilos sur le dos. lls versent ensuite le latex dans une cuve emplie d'ammoniaque, pour le diluer avant qu'un camion ne le ramasse. Les vapeurs les font vaciller. Les fronts transpirent à gouttes épaisses. Puis les frêles silhouettes repartent sur la piste — terrible ballet de funambules avançant à petits pas comptés et pressés, comme si chacun savait que, même lorsque les seaux sont vides, un pas de côté sur la route du rituel journalier mettrait le salaire et la survie de la famille en danger.

Trois ou quatre fois, selon leur état de forme, John Mulbah et ses amis parcourent le long kilomètre qui les mène de la plantation à la balance, sept jours sur sept. Ils font partie des 6 000 salariés libériens déclarés de Firestone, une société américaine rachetée par le japonais Bridgestone — première entreprise mondiale de pneus en valeur boursière et deuxième producteur, derrière le français Michelin. Les pauvres tongs de John Mulbah disent toute l'histoire. Il faut compter 10 dollars (8 euros) pour une paire de bottes marquées Firestone. John Mulbah en gagne à peine 3 par jour.

Tous les matins, John Mulbah, 43 ans, 8 enfants, se lève à l'aube et quitte avec ses amis sa case de la "Division 44". A 5 h 30, torche à la main, il retrouve William Togbah, le veilleur, qui, durant la nuit, dissuade avec sa petite fronde à oiseaux les voleurs qui rôdent. De haut en bas, en un long chevron, John entaille de sa machette "ses" hévéas — les "650 à 800 arbres" assignés à chacun par la direction. A cette heure matinale, le latex, liquide, blanc, brillant avant de devenir collant, ruisselle dans les coupelles arrimées au tronc, juste sous l'encoche. Accrochées par milliers aux arbres, elles ressemblent à une multitude de mains tendues attendant l'aumône — l'offrande à un pauvre petit Etat d'Afrique de l'Ouest de 3 millions d'habitants coincé entre la Sierra Leone, la Guinée et la Côte d'Ivoire, et dévasté par quatorze ans de guerre civile.

Le travail ne s'arrête pas là. Il faut laver les coupelles et asperger les arbres au Difolatan, un produit classé dangereux qui accroît la production de résine. Il y a peu, la direction de Firestone a offert à ses employés des lunettes en plastique. Mais les yeux fatigués des OS du caoutchouc ne voient plus le haut de l'arbre derrière ces hublots. Alors, les tappers (de "tap", inciser) les oublient chez eux. Tous les après-midi, entre l'assiette de riz du repas et la tombée de la nuit, ils repartent encore, pieds nus, faucher les herbes et entretenir les hévéas.

"On nous force à travailler. Quand on se plaint, ils disent : 'Il y a 200 personnes qui attendent ta place'", raconte William Togbah. "Comment tu peux partir d'ici, dans un pays où il n'y a pas de travail ?, poursuit John Mulbah. Moi, j'ai étudié douze ans à l'école. J'ai fait des études de mécanique. Je sais quels mots il faut mettre sur les choses. C'est de l'esclavage, comme dans les livres d'histoire. On joue avec les acides et l'ammoniaque. Ce travail, on ne fait qu'en mourir."

Tout cela, l'automobiliste qui, pour gagner l'ouest du comté de Margibi, est autorisé par les gardiens à traverser la verdoyante plantation ne peut pas le deviner. Vu de la route principale — le plus beau bitume du pays —, tout coule pour le mieux. "Bienvenue chez Firestone", dit la pancarte, à l'entrée de la propriété de 400 000 hectares. Derrière des tours de bois dressées comme des miradors, 8 millions d'hévéas se tordent vers le ciel en rangées parallèles. A côté, les jeunes plants sont couvés depuis deux ans. La guerre a laissé les plantations libériennes livrées à elles-mêmes, et les exportations de caoutchouc du pays plafonnent depuis à 39 millions de dollars (32,5 millions d'euros).

Deux drapeaux flottent sur le bâtiment en briques de la direction : celui du Liberia et celui de Firestone. Les histoires, toutes deux américaines, se confondent. Inspiré par quelques philanthropes des Etats-Unis qui voulaient y "rapatrier" des esclaves affranchis, le petit Etat africain prend son indépendance en 1847. Sa capitale, Monrovia, porte le nom du cinquième président des Etats-Unis, James Monroe. Une étoile du drapeau des Etats-Unis s'est envolée sur la bannière du Liberia, et l'anglais a été naturellement choisi comme langue officielle. La plantation, elle, s'installe en 1926. Mais les géants de l'automobile avaient fait de la production de caoutchouc la première activité économique du pays dès avant la seconde guerre mondiale. Depuis, Firestone ressemble à une réserve protégée. Durant le conflit qui, entre 1989 et 2003, aurait tué 250 000 personnes, l'usine n'a jamais été touchée, contrairement aux habitations. Signée pour une période de quatre-vingt-dix-neuf ans, et une bouchée de pain, la concession a été reconduite en 2005 pour dix-sept années supplémentaires, "en compensation des années perdues durant la guerre civile", se réjouit-on chez Firestone. L'embargo décrété par les Nations unies sur les exportations de diamants, en 2001, puis de bois, en 2003, parce que leur commerce finançait la guerre civile, n'a cependant jamais touché le caoutchouc.

La visite officielle n'oublie ni l'hôpital en reconstruction, ni les maisons en briques du personnel hospitalier, ni les écoles. Le tout, se garde de préciser le guide, est réservé aux ouvriers de Firestone justifiant d'un certificat de naissance. Un autobus — jaune comme les taxis new-yorkais — ramasse des petits élèves en chemise orange, jupe verte ou culottes courtes. Un arrêt dessert même un square où des pneus jouent les balançoires.

Pas d'arrêt, en revanche, devant les divisions numérotées des ouvriers des plantations. Les murs sont en terre, rarement en dur. Les toits en tôle ondulée. La famille — souvent plus de 10 personnes — se partage une pièce, parfois deux. Pas d'eau courante : il faut aller tirer celle de la rivière à la pompe la plus proche. A un bout du camp, des latrines à la turque et, derrière une palissade en feuilles de palmiers, la douche du camp. Pas d'électricité non plus : à 7 heures du soir, les pièces sont plongées dans le noir, quand s'allument, là-haut, les maisons des dirigeants de la plantation, du côté du golf, "où viennent jouer des ministres, des personnes des ambassades, des Nations unies, de l'Union européenne", raconte Salomon, le gardien du green.

On partage les lits, mais aussi le riz, vendu par Firestone et prélevé sur le salaire, 25 dollars pour les 2 sacs de 50 kg. Les gamelles sont souvent plus nombreuses que le cercle strictement familial. Parmi le million de personnes déplacées durant la guerre, beaucoup ont en effet trouvé refuge dans la plantation. "Avec les arbres et les heures supplémentaires, l'aide de ma femme et celle d'un ami, explique le tapper Joseph Kerkula, 5 enfants, j'arrive à 140 dollars par mois. Je reverse ensuite 30 dollars et 25 kg de riz à mon ami."


Dix mille personnes travailleraient ainsi indirectement pour Firestone, selon Robert Nyahn, grandi dans la "Division 6" de la plantation. Parmi elles figurent des enfants, assure sa petite ONG libérienne, Save My Future Foundation (Samfu), dans un rapport publié en novembre 2005 sur Internet et consacré au travail dans cette plantation.

Depuis, la direction de Firestone, agacée, a affiché sur ses murs un avis qui interdit le travail des enfants. "Nous sommes beaucoup plus attentifs à ce problème depuis un an. Il entache notre image de marque. Le problème, c'est que, à 12 ans, beaucoup veulent travailler avec leurs parents, assure le Libérien Edwin Padmore, responsable des relations publiques de Firestone dans le pays. Quant aux personnes déplacées, nous faisons preuve d'une grande tolérance. Nous ne pouvons pas les mettre dehors. Le problème, c'est qu'au lieu d'avoir 10 personnes à la maison, ils sont 20 à partager le riz."

En suivant M. Padmore, on ne s'arrête pas non plus dans l'usine où est conditionné le caoutchouc destiné à l'exportation, au bord de la rivière Farmington. "Nous sommes satisfaits du niveau de pollution", dit seulement le porte-parole. Les déchets sont pourtant rejetés directement dans le cours d'eau. Derrière l'usine, à la sortie de la bouche d'évacuation, de jeunes hommes se pressent en pirogue pour lancer des filets. La pêche, en effet, y est miraculeuse. Les poissons perdent de la vitesse, ne filent pas à travers les mailles. "Ils sont saouls", expliquent deux pêcheurs.

Sur l'autre rive, en aval, à Owensgrove City, les témoignages concordent. Johnson Yahanly, 75 ans, 38 dollars de retraite par mois, a travaillé trente ans comme plombier dans l'usine où est traité le caoutchouc. "Ils m'ont rendu aveugle", assure-t-il, les yeux mi-clos, appuyé sur son bâton. La peau de Johnny Clinton, ancien pêcheur de 60 ans, porte comme un dépôt de lichen vert. "Tout le temps je sentais cette mauvaise odeur. Le courant faisait affluer et refluer des nappes blanches", raconte une autre femme, qui a quitté la rive.

Hawa Nagbe, elle, se souvient qu'elle passait des heures accroupie dans la rivière Farmington, à vendre des casiers en osier pour les pêcheurs. Aujourd'hui, ses pieds sont comme couverts de mazout noir jusqu'aux genoux.

"Beaucoup de personnes qui habitaient juste en face de l'usine sont parties, explique David Bweeh, le préfet du district de Grand-Bassa tout proche. On essaie d'expliquer aux femmes de ne plus laver le linge dans la rivière." "Outre les conséquences des chutes, nombreuses, et des éclaboussures d'ammoniaque, nous constatons beaucoup d'affections gastriques", convient lui-même le médecin-chef de l'hôpital Firestone, le docteur Lyndon Mabande, en ajoutant : "Lorsqu'ils travaillent dans le bush, ils boivent une eau contaminée."

En décembre 2005, la petite Samfu, épaulée par une autre ONG américaine, le Fonds international pour les droits des travailleurs (ILRF), a porté plainte contre Firestone devant la Cour fédérale de Californie, aux Etats-Unis, pour "travail forcé, l'équivalent moderne de l'esclavage", pratiqué sur la plantation d'Harbel. L'assignation, déposée au nom de 12 ouvriers libériens et de leurs 23 enfants, cite une étude de 1956 parlant d'un "quota journalier de 250 à 300 arbres" et, "en 1979, de 400 à 500 arbres" — contre 800, semble-t-il, aujourd'hui.

"Tissu d'inepties, balaie M. Padmore. 'Esclavage', ce mot sonne pour nous comme une offense. Le Liberia a été à l'origine une terre de refuge pour des citoyens libres. C'est notre histoire. Nous ne pouvons pas en faire un pays d'esclaves. Le salaire moyen est de 3,38 dollars pour huit heures par jour, soit largement plus que la moyenne nationale, dans un pays qui compte 80 % de chômeurs. Le quota est de 650 arbres au maximum. Le travail le dimanche est en option, et les heures supplémentaires payées double." Puis, agacé : "Le problème, c'est que depuis cent ans, en Malaisie, au Vietnam, on n'a pas trouvé d'autre moyen de produire du caoutchouc que de saigner les arbres et de porter le latex dans des seaux."

Toute la production de Firestone — un chiffre gardé secret, file du port de Monrovia jusqu'aux Etats-Unis, sur le cargo The-Prince-of-Tapper. Au Liberia, on ne transforme pas les millions de tonnes de caoutchouc ou de latex en produits finis. Pas d'emplois, pas de ventes. Ou si peu. Ce matin, au marché de Caldwell Junction, à la sortie de la capitale, un mystérieux camion blanc se gare le long des étals. De jeunes garçons en sortent pour débarquer la marchandise. Ils viennent de Conakry, quatre jours de route pour décharger leur trésor et tenter de le vendre à Monrovia.

Leur trésor ? Des colliers de pneus... venus de Bruxelles via la Guinée. Des Dunlop, des Michelin, des Bridgestone, qu'ils entassent dans les brouettes. Des pneus usés, ceux dont les Européens ne veulent plus, vendus "6 à 7 dollars" aux Africains de Monrovia.

Ariane Chemin
Article paru dans l'édition du 03.02.06

6.1.06

Chine, révélateur de nos erreurs

Bonjour,

Un nouvel article qui remet en cause notre système économique et notre mode de vie à l'occidental via une culpabilisation des chinois (et indiens) de vouloir accéder à notre niveau de vie... : "Y zont qu'à pas être si nombreux, na!"

L'auteur (dont on voit bien sur la photo présente sur le site http://www.earth-policy.org/ qu'il veut nous transmettre son inquiétude via sa Droopy attitude...) aborde cependant l'idée que la Chine force à nous remettre en question sur nos habitudes de (sur)production-consommation.

Bien que la journaliste de l'article semble nous présenter ceci comme une sensationnelle nouveauté, le véritable sujet sous-jacent devrait être "les effets de la surpopulation humaine sur la planète", sujet cher à Malthus dont le même discours date de... 1800, dont les thèses ont été lynchées sur la place publique.

En attendant, sur le site de Earth Policy http://www.earth-policy.org/Books/PB2/Contents.htm les chapitres du livre sont téléchargeables en pdf.

Je n'ai pas encore tout lu mais je suis curieux de voir si dans le chapitre "Building a new economy" et "Building a new future" s'il y a l'option "éradication de populations humaines". Quand on y pense, dans notre logique de marché actuelle, c'est encore la solution la plus adéquate: une bonne vieille guerre permettrait une bonne création d'emplois (voir les chiffres d'affaires de l'armement dans les pays industralisés), engrangerait une forte croissance économique et tout en permettant de "prélever" une partie de la population humaine. Oui, je sais vous rigolez et si vous jouez le jeu vous pourriez me dire : "bon d'accord, mais vous oubliez l''éthique de la chose tout de même!"

L'éthique? Vous avez déjà oubliez notre plus bel exemple en matière d'éthique qu'est l'invasion de l'Irak sous de falacieux arguments? L'éthique c'est un peu comme le Père Noel des adultes.

Concernant la Chine, ce serait plus facile que l'Irak: ils sont communistes, l'enemi juré du monde capitaliste!

Allez, souriez, nous on est du bon côté de toutes façons! ;o)

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La croissance à la chinoise risque d'être fatale pour la planète
Gabrielle Grenz, Agence France-Presse - Washington

Le maintien de l'actuel rythme de croissance économique de la Chine risque d'être fatal à la planète si ni Pékin ni le reste du monde ne modifient rapidement leur modèle de production et de consommation, a averti jeudi Lester Brown, président du Earth Policy Institute à Washington.

«Notre économie mondiale est engagée sur une voie environnementale que la planète ne peut supporter», a déclaré M. Brown en présentant son dernier livre «Plan B 2 pour sauver une planète stressée et une civilisation en danger».

«Ce qui se passe en Chine devrait commencer à convaincre les économistes» de la nécessité de restructurer le système, a-t-il estimé.
Selon les chiffres compilés par son institut, les Chinois consomment déjà actuellement deux fois plus de viande (67 millions de tonnes contre 39 millions de tonnes) que les Américains et plus de deux fois plus d'acier (258 M tonnes contre 104 M tonnes).

Et si la Chine continue de se calquer sur le rêve américain, d'ici 2031 ses 1,45 milliard d'habitants prévus consommeront l'équivalent des deux tiers de l'actuelle production mondiale de céréales, et plus du double de l'actuelle production mondiale de papier. «Ainsi partent les forêts de la planète», a souligné M. Brown.

Le modèle économique occidental - basé sur des énergies fossiles, construit autour de la voiture et des produits jetables - ne pourra pas fonctionner en Chine, ni en Inde, dont la population devrait même dépasser celle de la Chine en 2031, a-t-il estimé.

À l'heure de la mondialisation et de la concurrence effrénée pour produire toujours plus et à des prix toujours plus compétitifs, l'actuel modèle va mener le monde à sa perte.

Côté changement climatique, Lester Brown affirme que le point de non-retour pourrait être déjà atteint et que les données scientifiques disponibles ne permettent pas de l'infirmer.

Aussi faut-il, sans tarder, restructurer l'économie mondiale pour soutenir notre civilisation, lancer un effort général pour éradiquer la pauvreté et la restauration des milieux naturels, selon le Plan B de Lester Brown.

Il a noté quelques signes encourageants en provenance de Chine où la pression pour agir en faveur de l'efficacité énergétique et de la protection de l'environnement semble avoir pris une tournure politique.

«Ils commencent à reconnaître qu'ils doivent procéder à des modifications mais ils ne sont pas encore allés jusqu'à dire en public que le modèle occidental ne marchera pas chez eux», a noté M. Brown, invité à présenter ses vues au Forum économique mondial à Davos (Suisse) fin janvier.

Selon lui, cinq des huit plus grandes entreprises chinoises dans l'électronique et l'aérospatiale ont déjà annoncé leur entrée dans l'énergie éolienne, emboîtant le pas au géant américain General Electric.

Les Chinois «ont aussi adopté des normes d'efficacité pour la consommation en carburant des véhicules», s'est-il réjouit, ajoutant que Pékin s'intéresse également davantage, depuis peu, à la pollution de l'air et de l'eau.

L'exploitation accrue des sources d'énergie renouvelable devra se faire intelligemment, selon M. Brown pour éviter par exemple une pénurie de produits alimentaires et une flambée des prix de ces denrées si les agriculteurs devaient opter en masse pour la production d'éthanol par exemple, un biocarburant à base de céréales.

22.12.05

Après nous, le déluge! (ben quoi en c'est la période biblique ou pas?)

Mise en garde: ce texte demande un niveau cérébral élevé... (et je suis loin d'avoir tout compris!) ;o)

Après nous, le déluge ! Télérama n° 2918 - 15 décembre 2005 Vincent Remy

Devant la multiplication des désastres de grande ampleur, se développe, chez
les philosophes mais aussi chez les scientifiques, un "catastrophisme
éclairé". Qui pose le problème de la responsabilité humaine face au progrès
et à ses conséquences. La fin d'une folle fuite en avant ?
« Regarde les petits êtres qui bougent dans le lointain ; regarde. Ce sont
des hommes. Dans la lumière qui décline, j'assiste sans regret à la
disparition de l'espèce. Un dernier rayon de soleil rase la plaine, passe
au-dessus de la chaîne montagneuse qui barre l'horizon vers l'est, teinte le
paysage désertique d'un halo rouge. » Ainsi Michel Houellebecq s'est-il mis
lui aussi à la fonte des glaces, au Grand Assèchement, à la souffrance
finale des hommes. Science-fictionneur de la dernière heure, il réinvente
l'apocalypse planétaire cinquante ans après la littérature anglo-américaine.
Car, dans les années 60, déjà, avec l'Anglais James G. Ballard et ses romans
aux titres programmatiques - Le Vent de nulle part, Le Monde englouti,
Sécheresse, La Forêt de cristal -, le vent soufflait, les eaux montaient, la
pluie ne tombait plus, l'Afrique se pétrifiait. Aux Etats-Unis, le climat
n'était pas davantage au beau fixe, et un film marqua une génération :
Soleil vert, de Richard Fleischer, en 1973. Souvenez-vous : New York, 2022,
quarante millions d'habitants survivent avec des masques, on conserve
quelques plantes sous cloche, les dominants mangent de rares steaks-salades,
tandis que les dominés doivent se contenter d'un mystérieux tofu baptisé «
soleil vert ».

Trente ans après, où en est-on ? A de rares exceptions près (Le Jour
d'après, de Roland Emmerich, en 2004), la science-fiction a déserté la
catastrophe. A quoi bon lutter avec le réel ? Lorsque sous nos yeux de
gigantesques bûchers de vaches enfument la campagne anglaise, que le World
Trade Center s'effondre, que touristes de Thaïlande et pêcheurs de Sumatra
sont engloutis, que les naufragés de La Nouvelle-Orléans sont abandonnés à
leur sort, que la matière et les corps s'entremêlent sur les écrans de nos
télés ou de nos portables, que pourraient nous dire et nous montrer de plus
romanciers et cinéastes ?

Déplaçons plutôt la question : que faire de toutes ces images ? Quel sens y
a-t-il à rapprocher un désastre sanitaire, un acte de terrorisme, un
tremblement de terre et un cyclone ? Dire, comme le fait Jean-Claude
Guillebaud dans Le Nouvel Observateur, qu'au lieu de céder à leur «
propension naturelle à privilégier le désastre » les médias feraient mieux
de mettre en avant l'élan de « ces hommes et ces femmes qui inventent en
tâtonnant le monde de demain » est un peu court. Car les médias n'ont pas
« inventé » la catastrophe. Pour s'en tenir à la seule question du
réchauffement climatique, ils n'ont fait que relayer tardivement les
certitudes des scientifiques. Dès 1987, après avoir effectué un carottage à
Vostok, au beau milieu de l'Antarctique, afin d'étudier les bulles d'air
emprisonnées dans les glaces depuis cent cinquante mille ans, une équipe
franco-russe découvre une incroyable corrélation entre les courbes de
température de la Terre et les teneurs en gaz carbonique de l'atmosphère :
« C'est alors qu'on a compris que l'homme, en ressortant le gaz que la Terre
avait piégé sous forme de pétrole et de charbon, était en train de modifier
son environnement à grande échelle », rappelle Jean Jouzel. Et voici comment
les climatologues devinrent (avec peut-être quelques généticiens...) les
premiers scientifiques « catastrophistes »...

On connaît la suite : le fameux protocole de Kyoto, convention-cadre des
Nations unies sur le changement climatique, signé en décembre 1997 par cent
quatre-vingts pays, mais refusé par la « méchante » Amérique. Or, que se
passe-t-il dans les « gentils » pays signataires ? Rien, ou presque. Malgré
la modestie de ses objectifs, la France ne parvient pas à tenir les
engagements de son plan climat lancé en juillet 2004. La faute, pour une
bonne part, au développement irrépressible du transport individuel : « Il ne
serait pas pertinent de laisser penser aux citoyens que chercheurs et
ingénieurs pourront résoudre le problème à leur place », lit-on dans le
rapport de la Mission interministérielle de l'effet de serre (Mies), publié
à la mi-novembre. Certes, mais la Mission interministérielle se trompe : pas
davantage que les gouvernements, les citoyens ne pensent que la science
résoudra le problème à leur place. Les citoyens « savent » que le
réchauffement climatique fait peser une grave menace sur l'humanité, parce
que les scientifiques ne sont plus les seuls à les alerter : ouvrages de
vulgarisation, magazines télé ou radio, articles de presse, forums sur
Internet ne se comptent plus. La vraie question est donc : pourquoi, alors
que nous « savons », agissons-nous si peu ?

En cette année 2005 qui s'achève, la seule nouvelle réjouissante est
peut-être que des philosophes nous aident à trouver la réponse... A la
rentrée, dans Nous autres, modernes, recueil de quatre leçons données à
l'Ecole polytechnique, Alain Finkielkraut questionnait la modernité née des
Lumières, qui voulaient soulager le sort des hommes en les rendant « maîtres
de toutes choses » ; et plaçait au coeur d'une remise en question du progrès
la question cruciale de la « responsabilité » (lire encadré). Mais c'est un
autre enseignant de l'Ecole polytechnique, Jean-Pierre Dupuy, qui aura
révolutionné les esprits. Scientifique entré en philosophie par la critique
radicale de la pensée industrielle, effaré par notre incapacité à mesurer
l'ampleur des défis qu'il nous faut relever, Jean-Pierre Dupuy entreprend
une vaste réflexion sur la nature du mal et nous propose une nouvelle vision
du monde : un « catastrophisme éclairé »...

Suivons-le à Lisbonne, car c'est là que tout a commencé, il y a exactement
deux cent cinquante ans : le 1er novembre 1755, la ville entière est
anéantie par un tremblement de terre qui provoque un séisme moral dans
l'Europe accablée. Tout le système métaphysique, qui établissait que le mal,
d'origine divine, n'était qu'un « effet de perspective » dans la meilleure
des Créations possibles, s'effondre : « Direz-vous en voyant cet amas de
victimes : Dieu s'est vengé, leur mort est le prix de leur crime », s'écrie
Voltaire dans son Poème sur le désastre de Lisbonne, récusant ainsi toute
justification du mal : « Je ne conçois plus comment tout serait bien : je
suis comme un docteur ; hélas ! Je ne sais rien ! » En août 1756,
Jean-Jacques Rousseau répond à M. de Voltaire que si l'on « n'avait point
rassemblé là vingt mille maisons de six à sept étages et que si les
habitants de cette grande ville eussent été dispersés plus également, et
plus légèrement logés, le dégât eût été beaucoup moindre, et peut-être
nul ».

Voltaire contre Rousseau, on n'en est jamais sorti ! L'accroissement
vertigineux de la population mondiale, l'« artificialisation » de la
planète, liés à la volonté prométhéenne d'une humanité désormais seule face
à elle-même, ont eu raison de « l'absurde » voltairien : c'est Rousseau qui
a gagné. Face à n'importe quelle catastrophe dite « naturelle », on
cherche - et on trouve - des explications. Et des responsables, voire des
coupables : le tourisme de masse pour le tsunami asiatique, l'administration
Bush pour le cyclone de Louisiane. Jean-Pierre Dupuy - tout comme Alain
Finkielkraut - s'alarme de cette « rousseauisation » envahissante, qui fait
peser sur l'homme une responsabilité... divine : « Rousseau avait quand même
fait une exception à sa maxime qui rend l'homme responsable des "maux
physiques" qui l'assaillent : la mort. Mais la mort est devenue l'exception
de trop. La notion de "mort naturelle" n'est pas moins menacée
d'obsolescence que celle de "catastrophe naturelle". » Ainsi, un philosophe
de Cambridge, Nick Bostrom, qui compare les cent mille morts « de
vieillesse » quotidiennes de la planète aux deux cent mille morts
accidentelles du tsunami asiatique, a-t-il créé un mouvement, dit «
transhumaniste», qui vise à remplacer « cet être radicalement imparfait
qu'est l'homme par une "post-humanité", grâce à la convergence entre les
nanotechnologies, les biotechnologies, les technologies de l'information et
les sciences cognitives ». En clair, il s'agit de venir à bout de la mort,
ce « problème ».

Ce prométhéisme déchaîné - lié à une absence d'intention maligne - n'est-il
pas ce qui a causé le naufrage du XXe siècle, siècle des plus grandes
catastrophes morales ? « Hannah Arendt, Günther Anders et Hans Jonas, trois
philosophes juifs allemands qui furent les élèves de Heiddeger, nous ont
livré des réflexions bouleversantes et controversées sur ce que Kant
appelait le "mal radical" », rappelle Jean-Pierre Dupuy. Kant - en cela
héritier de Rousseau - voyait une séparation entre le monde de la nature -
sans intention ni raison, habité uniquement par des causes - et celui de la
liberté - où les raisons d'agir tombent sous la juridiction de la loi
morale. Avec les catastrophes d'Auschwitz et de Hiroshima, ce cloisonnement
a volé en éclats : « Lorsque certains seuils de monstruosité sont dépassés,
les catégories morales qui nous servent à juger le monde tombent en
désuétude. Il semble alors qu'on ne puisse rendre compte du mal qu'en des
termes qui évoquent une atteinte irréparable à l'ordre naturel du monde. »
Ainsi pourrait-on expliquer que le terme hébreu finalement retenu pour dire
la catastrophe morale qu'a été l'extermination des juifs d'Europe, Shoah,
désigne une catastrophe naturelle ; et que les survivants de Hiroshima et de
Nagasaki se réfèrent à ces massacres nucléaires en utilisant le mot de...
tsunami.

Ce brouillage croissant entre catastrophe naturelle et catastrophe morale a
donc trouvé ses points d'appui philosophiques : d'un côté Rousseau, pour qui
le mal est entièrement moral, c'est notre affaire ; de l'autre, Hannah
Arendt et Günther Anders, pour qui le mal est comme une sur-nature, il nous
dépasse, nous transcende. Comment sortir de ce jeu de bascule ? En acceptant
ce que Jean-Pierre Dupuy appelle « le mal systémique », qui réunit ces deux
propositions : nous sommes la source du mal, mais celui-ci nous transcende.
« Qu'un mal immense puisse être commis avec une absence d'intentions
mauvaises est évidemment un scandale qui n'a pas fini de bouleverser les
catégories qui servent encore à juger le monde », en conclut Jean-Pierre
Dupuy après Hannah Arendt, qui écrivait dès 1958, dans Condition de l'homme
moderne : « Il se pourrait [...] que nous ne soyons plus jamais capables de
comprendre, c'est-à-dire de penser et d'exprimer, les choses que nous sommes
cependant capables de faire. » Nous y sommes. Nous savons en gros à quoi
ressembleront les catastrophes futures : réchauffement climatique,
destruction de l'environnement, technologies échappant à la maîtrise de
leurs concepteurs... « De tout temps, rappelle Jean-Pierre Dupuy, les hommes
ont dû apprendre à vivre avec les conséquences inattendues de leurs
actions », mais le fait nouveau est que nous pouvons déclencher des
processus irréversibles « dans et sur la nature elle-même ».

On en arrive au fameux « principe de précaution », adopté par la France en
1995 (loi Barnier) à travers la Charte de l'environnement, elle-même
inscrite dans la Constitution française, selon ces termes : « L'absence de
certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du
moment, ne doit pas retarder l'adoption de mesures effectives et
proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et
irréversibles à l'environnement, à un coût économiquement acceptable. » On
sait qu'un Claude Allègre est parti en guerre contre le principe de
précaution, accusé d'« asphyxier la recherche » et donc de ralentir la
glorieuse marche du progrès. C'est pour des raisons diamétralement opposées
que Jean-Pierre Dupuy condamne ce principe, qui repose sur la théorie
économique du choix rationnel : « Comment évaluer des mesures proportionnées
à un dommage qu'on ne connaît pas ? »

Ce qu'on ne veut pas voir, poursuit Dupuy, c'est qu'avec les risques
écologiques « l'incertitude provient moins de l'existence d'un aléa que de
l'impuissance relative de la science ». On affirme qu'« il faut poursuivre
l'effort de recherche, comme si l'écart entre ce que l'on sait et ce qu'il
faut savoir pouvait être comblé par un effort supplémentaire ». Impossible,
lorsqu'on constate la complexité des écosystèmes, capables de faire face à
toutes sortes d'agressions, jusqu'à « un seuil critique, où ils basculent,
s'effondrent ou forment d'autres types de systèmes qui peuvent avoir des
propriétés fortement indésirables pour l'homme. En mathématiques, on nomme
de telles discontinuités... des catastrophes ». Tant qu'on est loin des
seuils critiques, poursuit Jean-Louis Dupuy, on peut se permettre de «
taquiner les écosystèmes en toute impunité ». Mais si l'on s'en rapproche,
« le calcul coûts-avantages devient dérisoire, puisque la seule chose qui
compte alors est de ne surtout pas les franchir ». Le principe de précaution
ne serait donc d'aucun secours. Le problème ne serait pas que la catastrophe
soit « très peu probable » ou « quasi certaine ». Le problème est qu'« elle
est inscrite dans l'avenir, que nous le savons, mais que nous ne croyons pas
ce que nous savons. Car remettre en cause ce que nous avons appris à
assimiler au progrès aurait des répercussions phénoménales ».

Alors, que faire ? C'est là que reviennent nos philosophes allemands, Hans
Jonas et Günther Anders. Le premier, dans Le Principe de responsabilité, en
1979, développe ce qu'il a appelé « l'heuristique de la peur » : lorsque la
menace qui pèse sur nous est d'ampleur apocalyptique, « on doit accorder un
plus grand poids au pronostic de malheur qu'au pronostic de salut ». Cette
peur liée à la responsabilité « n'est pas celle qui déconseille d'agir, mais
celle qui invite à agir ». Le second, Günther Anders, considère qu'on ne
croit à l'éventualité de la catastrophe qu'une fois celle-ci advenue. Il ne
faut donc pas seulement la prédire, mais l'inscrire dans l'avenir de façon
plus radicale, en la rendant inéluctable. On pourra dire alors que nous
agissons pour la prévenir « dans le souvenir que nous avons d'elle ». Cette
« ruse métaphysique », Anders l'a traduite en récrivant la parabole du
Déluge : Noé annonce le déluge, mais personne ne le croit. Alors il revêt
des habits de deuil, et tout le monde lui demande si quelqu'un est mort. Il
répond qu'il y a eu beaucoup de morts, et qu'ils en sont : « Lorsqu'on lui
demanda quand cette catastrophe avait eu lieu, il leur répondit : demain. »
Et il ajoute : « Quand le déluge aura été, tout ce qui est n'aura jamais
existé. » Dans la soirée, un charpentier puis un couvreur frappent à sa
porte : « Laisse-moi t'aider pour que cela devienne faux »...

Comprendre que nous sommes la source du mal, mais que nous n'en sommes pas
« responsables » ; faire « comme si » la catastrophe était notre destin ;
admettre que la technique ne résoudra pas tous les problèmes posés par la
technique ; savoir enfin que nous n'avons pas de planète de rechange - que
n'existe pas la possibilité d'une île - et que seul un devenir donne sens à
l'humanité : tout cela nous poussera-t-il à agir ?

Dans son dernier ouvrage, L'Engrenage de la technique, André Lebeau,
géophysicien, ancien dirigeant de l'Agence spatiale européenne, raconte
l'histoire de l'île de Pâques telle que l'a révélée le travail des
archéologues. Fragment de terre le plus isolé dans la zone tempérée de notre
planète, l'île de Pâques est colonisée vers l'an 900 par des Polynésiens.
Vers 1400, la population atteint quinze mille habitants. Mais le navigateur
hollandais qui l'aborde le jour de Pâques 1722 découvre quatre cents
individus affamés, divisés en onze clans, survivant sur une terre désolée au
milieu de centaines de statues de pierre gigantesques. L'histoire donna lieu
à toutes sortes de spéculations, dont l'intervention d'extraterrestres. Elle
est plus prosaïque, nous disent les archéologues. L'île était couverte d'une
haute forêt tropicale abritant de nombreux oiseaux. La rivalité des tribus
les poussa à affirmer leur supériorité. Les gigantesques palmiers indigènes,
dont les troncs et les fibres servaient jusqu'alors à construire les bateaux
pour la pêche au large, furent tous utilisés pour déplacer et ériger les
arrogantes statues. L'extinction des grandes espèces végétales signa la fin
de la pêche, l'érosion des sols et la réduction des récoltes. La famine, le
cannibalisme et la dictature s'ensuivirent.

« Les hommes qui peuplaient l'île de Pâques avaient le même cerveau et le
même patrimoine génétique que ceux qui, de la Beauce au Middle West,
peuplent le monde occidental, rappelle André Lebeau. Le comportement
génétique le plus important est la tendance de l'espèce à se constituer en
groupes dotés d'une hiérarchie et qui s'opposent les uns aux autres pour les
ressources et pour l'espace. » La prise de conscience d'une menace globale,
qui commence à susciter des comportements collectifs de dimension planétaire
parfaitement inédits, nous évitera-t-elle le destin de l'île de Pâques...
? -



Post-scriptum : septembre 2005 a été le mois le plus chaud jamais
enregistré sur la planète depuis que les températures sont prélevées
scientifiquement (1880), a annoncé le 14 octobre le Centre national
océanique et atmosphérique américain.



A lire

Nous autres, modernes, d'Alain Finkielkraut, éd. Ellipse, 360 p., 19,50 €.

Petite Métaphysique des tsunamis, de Jean-Pierre Dupuy, éd. du Seuil, 107
p., 9 €.

L'Engrenage de la technique, d'André Lebeau, éd. gallimard, 270 p., 19,90 €.

Lire aussi l'article de Jacques Testard dans Le Monde diplomatique de
décembre 2005.

Illustrations : Jean-François Martin

http://www.notre-planete.info/actualites/actu_794.php (14/12/2005
Chaud devant ! Le regard des médias sur le changement climatique)

18.12.05

Joyeux Nowell ! (selon Guijon)

Salut Tous!

Alors ça y est, les guirlandes étalées, les bougies et les papiers cadeaux prêts à envelopper vos futures idées d'achats, la dinde commandée... Le Père Noel est maintenant dans les starting-bloks... et le porte monnaie bien affûté.

En cette période où la générosité est de mise, même dans le plus insignifiant ou petit cadeau, il existe néanmoins des façons de diriger cette générosité pour la rendre éthique...

Une générosité éthique? Tiens quelle drôle d'idée!

Et oui, car derrière l'image enfantine du Père Noel à pompon véhiculée depuis CocaCola (http://www.joyeuse-fete.com/joyeux-noel/perenoel.html) figurent bon nombres d'actions pas très catholiques.

Derrière ce joli lecteur DVD, il y a eu hommes et des femmes qui l'ont successivement monté, vérifié et enveloppé à un taux horaire dépassant toute concurrence. Derrière cette jolie boîte à bijoux en bois, il y a un arbre tropical qui abritait tout un écosystème, lui même faisant partie d'un ensemble écologique. Derrière cette bague en or sertie de diamants, il y a hommes, femmes et enfants qui ont creusé, lessivé, vendu pour un misère les pépites trouvé un jour sur les centaines passées dans la boue. Il y a aussi des monsieurs à cravatte qui l'ont acheté trois fois rien pour le revendre 100 fois plus et qui roulent dans de luxueux 4x4 que l'on rempli d'essence récupéré à coups de bombardements. 10 civils tombés pour 10 barils consommés à rouler.

J'imagine que vous souhaitez un environnement plus sain, une amélioration des conditions de travail des pays du Sud et une solidarité toute mondiale... Rien de tel que cette période enguirlandée pour montrer jusqu'où peut aller votre générosité!

Vous le savez tout ça, vous l'entendez suffisament à la télé, radio, Internet. Et vous vous posez tous la même question: "oui mais moi, que puis-je faire, tout seul, avec ma maigre paye...". Allons, vous voulez être généreux? En voici l'occasion toute rêvée...

« Comment peut-on songer à améliorer les relations humaines sur le plan social, sur le plan planétaire, si nous sommes incapables de le faire au niveau interindividuel ? »
Edgar Morin
« Le peu, le très peu que l’on peut faire, il faut le faire quand même. »
Théodore Monod

Par le biais de cet article, en voici des exemples, mais rien n'empêche d'utiliser l'outil avec lequel vous lisez ce message pour découvrir les associations, les artisans ou les magasins éthiques proches de chez vous, il y en a plein.

Mais n'oubliez-pas l'adage "c'est l'intention qui compte"... si le cadeau matériel est une façon pour vous de montrer votre affection, pensez bien que faire plaisir peut prendre différentes formes, même immatériels... à vous d'imaginer sous quelle forme ça peut être! Soyez créatif!

Soyez en paix avec vous-mêmes, passez d'agréables fêtes.

Guillaume.

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LE PÈRE NOEL SOLIDAIRE
Ses exigences sont assez simples :
  • moins de cadeaux inutiles, moins de gadgets cassés dans la soirée qui partent à la poubelle, moins d’objets en plastiques qui polluent, moins de cadences infernales de productions imposées aux travailleurs des pays pauvres, moins d’objets à la mode voués à une rapide obsolescence, délaissés puis jetés, moins de déchets, moins d’écarts entre des enfants qui croulent sous les cadeaux et ceux qui n’en ont pas, moins de gaspillage, en bref un peu moins d’achat et plus d’attention portée à la qualité sociale et environnementale des produits achetés,
  • plus d’implication dans le choix des lieux d’approvisionnement, plus d’achats auprès d’artisans, d’agriculteurs bio, d’associations ou de boutiques alternatives et indépendantes, plus d’abonnements pour des revues favorisant la citoyenneté et l’environnement, plus de jeux de type coopératif, plus d’originalité dans les cadeaux, plus d’engagement personnel dans la préparation du cadeau, dans l’implication dans la création et la réalisation de l’objet ou du jeu offert, plus d’échange et de temps partagé et donc plus de convivialité.
Les fêtes de fin d’année peuvent donc aussi être l’occasion de penser ses cadeaux autrement et de parler autour de soi des façons d’agir pour un monde meilleur.
Après avoir listé quelques sources d’informations pour le consommateur responsable et avoir évoqué différents lieux d’approvisionnement et idées de cadeaux éthiques et solidaires, nous verrons que l’acte d’achat n’est pas forcément indispensable pour offrir un moment de bonheur né d’un cadeau personnel et original.
Privilégier la qualité sociale et environnementale des produits achetés.
L’économie mondialisée, dirigée par la recherche du profit maximum, fait qu’une part croissante des produits que nous consommons vient des pays du Sud où ils sont produits dans des conditions souvent inhumaines, en totale contradiction avec les conventions internationales du travail : travail forcé, travail des enfants, répression syndicale, non-respect de durées maximales, de santé et de sécurité au travail)
Or, les jouets, avec les vêtements, les articles de sport, etc., font partie des objets le plus souvent fabriqués dans ces conditions, pour une consommation toujours plus importante à des prix toujours plus bas.
Un collectif d’associations, « De l’éthique sur l’étiquette », mène depuis 1995 diverses campagnes de sensibilisation pour nous amener à devenir des citoyens plus conscients et actifs dans nos choix de consommation. La campagne actuelle « Exploiter n’est pas jouer » porte justement sur la fabrication des jouets, dont 63% viennent d’Asie du Sud-Est. Dans la plupart des cas, les personnes travaillant sont des femmes qui doivent, plusieurs mois avant Noël, pour répondre aux carnets de commandes des pays riches, travailler 6 ou 7 jours sur 7, 14 à 17 heures par jour, dormir au sein de l’usine et recevoir un salaire de misère. www.ethique-sur-etiquette.org
Une campagne « Barbie broie du noir » menée par Réseau Solidarité dénonce également les violations des droits sociaux par Mattel, numéro 1 mondial du jouet, dans plusieurs sites au monde www.globenet.org/reseau-solidarite
On peut participer à ces campagnes en écrivant aux entreprises concernées.
Toutes ces actions visent à informer les consommateurs et à peser sur les entreprises et les pouvoirs publics pour que soit créé un « label social » garantissant le respect des droits sociaux fondamentaux.
En attendant qu’existe un réel « label social » dans les linéaires des grandes surfaces, il est possible dès aujourd’hui d’opter pour une consommation de produits moins nombreux mais plus durables en préférant des objets de qualité, qui s’avèreront finalement moins coûteux car s’usant moins vite (donc produisant également moins de déchets !).
Les lieux d’achats de proximité auprès d’artisans, de paysans, de réseaux indépendants, coopératifs ou associatifs, de structures d’insertion, permettent d’agir très concrètement pour le développement d’une économie sociale et solidaire au service de l’être humain.
Un excellent livre « Les coulisses de la grande distribution » (Christian Jacquiau -Albin Michel - 18.29 ) explique, avec de nombreux exemples, les pratiques de type « racket » des distributeurs vis-à-vis de leurs fournisseurs. Ce témoignage nous permet de comprendre les dangers pour la société d’un rapport de force devenu totalement inégal, qui sous le mythe de « prix bas » et de « défense du consommateur », nous amène, en tant que client des grandes surfaces, à favoriser un système qui nous menace directement. Destruction des industries européennes, des commerces de proximité, du tissu social, accroissement du chômage en comptant sur la collectivité pour prendre en charge les coûts cachés qu’il engendre. Un livre qui nous montre l’urgence de réagir !!!
On peut toutefois trouver en grandes surfaces, du café labellisé « Max Havelaar », permettant à celui qui n’est pas ou peu informé sur les réseaux alternatifs, de découvrir le principe du « Commerce équitable ». Ce pourra être un premier pas dans le monde de l’économie solidaire, la volonté d’en savoir plus et le début d’une prise de conscience beaucoup plus large
Les produits du « commerce équitable » :
Offrir des produits du Commerce Équitable est toujours un bon moyen de pratiquer et de faire connaître ce principe de « bâtir entre les pays pauvres et les pays riches un nouvel échange marchand fondé sur une rémunération plus juste, plus « équitable » des petits producteurs.
La troisième étude de notoriété du commerce équitable Ipsos/Plate forme du commerce équitable indique qu’en 2002, 32% des personnes interrogées connaissent le commerce équitable.
C’est mieux que les 9 % de 2000, mais encore bien insuffisant !
En privilégiant les boutiques d’artisans du monde www.artisansdumonde.org et d’autres points de vente du commerce équitable www.commercequitable.org, on favorise les échanges commerciaux plus justes entre les pays du Nord et du Sud. On permet aux producteurs du Tiers Monde de vivre dignement de leur travail et d’être les acteurs de leur développement. Ces boutiques sont d’ailleurs autant de lieux de rencontre, d’échange et d’information.
Les produits alimentaires labellisés sont variés (Thés, chocolat, miel, confitures, riz) avec pour certains un label biologique. On peut également marquer sa solidarité vis-à-vis du peuple Palestinien en se procurant dans les boutiques artisans du monde des bouteilles d’huile d’olives récoltées souvent dans des conditions très difficiles..
De nombreux objets artisanaux à offrir sont également disponibles dans ces boutiques (vêtements, foulards, bijoux, sculptures, instruments de musiques, objets utilitaires ou décoratifs). Ils sont le reflet des savoirs-faire, des cultures et des traditions, qui font la richesse de l’humanité.
Les produits alimentaires
Acheter des produits issus de l’agriculture biologique permet, au-delà de la qualité intrinsèque des produits, de soutenir des modes de production respectueux de l’environnement. On cherchera donc à privilégier ce type de produits et les points de vente correspondants.
Le réseau coopératif Biocoop www.biocoop.fr, intègre également des productions nationales en aidant les producteurs locaux à développer leurs activités dans le cadre d’une filière biologique locale et durable. Il est essentiel de privilégier ces circuits courts face à de « faux produits du terroir » produits de façon industrielle. On trouvera aussi localement d’autres lieux d’approvisionnement et des petits producteurs respectueux de leur travail et de leurs clients.
Une association « Kokopelli » (anciennement Terres de semences) lutte pour préserver la biodiversité sur la planète en constituant et en distribuant des semences issues de l’agriculture biologique et biodynamique. La collection se trouve dans un ouvrage « Semences de kokopelli » avec plus de 2000 variétés, dont 500 tomates. Il est possible d’acquérir l’ouvrage par correspondance www.kokopelli.asso.fr (une partie de la somme est utilisée au tiers monde dans des programmes de mise en valeur d’agriculture durable et dans le don de semences traditionnelles). Vous pouvez également offrir aux jardiniers des petits sachets de semences ou en joindre à vos cartes de vœux. Et si vous le souhaitez, vous pouvez aller encore plus loin dans cette démarche de sauvegarde de la biodiversité et de l’autonomie alimentaire des peuples, en créant chez vous un « jardin kokopelli » pour offrir refuge à une ou plusieurs variétés.
Les jeux :
Il existe un type de jeu, le jeu coopératif, qui est encore assez méconnu en France.
Contrairement à la plupart des jeux « Gagnant-Perdant » qui favorisent le « chacun pour soi » , le jeu coopératif repose sur la poursuite d’un objectif de groupe qui ne pourra être réalisé que par l’entraide et la solidarité entre les joueurs. Il ne s’agit pas de gagner sur l’adversaire mais de faire équipe et cause commune pour gagner ensemble ou perdre ensemble si l’équipe s’est mal organisée.
Une revue disponible par courrier : « Non-Violence Actualité » Guide de ressources sur la Gestion Non violente des conflits - 2002-2003 6 recense une multitude de jeux, de livres, de supports pour vivre et agir autrement et nous permet de facilement se les procurer par correspondance. Ce guide peut se commander par courrier : NVA. BP 241. 45202 Montargis cedex 02 38 93 67 22. Le site www.nonviolence-actualite.org offre également des explications sur les principaux jeux disponibles et la possibilité de les acheter.
Certaines boutiques Artisans du Monde proposent également ces jeux.
Quelques exemples de jeux coopératifs :
« Le verger » 3-6 ans, 2 à 4 joueurs. L’été fait mûrir les fruits. La corneille est ravie, elle attend avec impatience de les manger. Pour parvenir à remplir leurs paniers, avant que la corneille ne les mange, les enfants devront s’entraider.
« Le jardinage » 5-10 ans, 2 à 6 joueurs. Les jardiniers ont aménagé un tas de compost et veulent que les vers de terre viennent l’habiter. Mais il y a le soleil brûlant, les souris et les merles qui obligent les vers de terre à fuir le compost pour se réfugier dans la terre. Les joueurs vont-ils pouvoir aider les jardiniers à réaliser leur compost ?
« L’arbre en danger » à partir de 10 ans - 3 à 7 joueurs. Les pluies acides mettent en danger la vie de l’arbre. Les joueurs essaient d’ôter le maximum de gouttes de pluie nocive avant qu’elles n’atteignent les racines de l’arbre. L’arbre en mourrait. Il faut donc agir ensemble pour le sauver, le plus vite possible. Dans cette course, il peut y avoir un gagnant : celui qui, en éliminant le plus de gouttes, devient le champion de l’écologie ! Un jeu de stratégie qui convient aussi bien aux jeunes qu’aux adultes. « Le jeu d’ombres en forêt » à partir de 5 ans -2 à 8 joueurs Deux versions possibles : la première (à partir de 5 ans) est un jeu qui se déroule la nuit, dans la forêt. Les nains se cachent derrière les arbres pour échapper au sorcier mais, attention, la lumière de la bougie peut dévoiler leur cachette et les envoûter. Tous les nains réussiront-ils à se rassembler derrière le même arbre ?
Le verso du plan du jeu permet une seconde version (à partir de 7 ans) qui se déroule à la lumière de la bougie. Plutôt que les endroits sombres et discrets, les nains cherchent ici à éviter les pièges de la forêt obscure. Ceux qui sont dans l’ombre attendent qu’un autre les délivre en leur envoyant un rayon de lumière (par jeu de miroirs). La partie sera gagnée quand tous les nains seront sains et saufs à la maison. La présence d’un adulte est indispensable à cause de la bougie.
Il existe également des jeux permettant l’apprentissage à la citoyenneté : Le jeu, dont la principale qualité est de rendre les joueurs actifs, peut sensibiliser sur les interdépendances d’une économie mondialisée, sur les réalités économiques, sociales et culturelles des pays en développement. La notion de réciprocité que permet le jeu, quand on se voit dans le rôle de l’autre, favorise l’apprentissage de la citoyenneté et l’envie de s’impliquer en tant qu’acteur de transformation de la société.
« Tiers-Mondopoly » permet à partir de 12 ans de jouer le rôle d’un paysan du tiers-monde qui doit faire vivre sa famille malgré la pauvreté, la précarité, les systèmes politiques coercitifs
(Disponible Diffusion Populaire 21 ter rue voltaire 75001 Paris. 01 45 32 06 23)
Idées diverses :
Catalogues : Amnesty International, Éveil & Jeux, Frapna, W.W.F.
Livres :
Les libraires indépendants sont de moins en moins nombreux tandis que les grandes surfaces bénéficient des futurs livres à succès souvent quelques jours avant les libraires. En achetant chez les libraires indépendants, on contribue à maintenir une grande diversité de livres et la survie de professionnels qui aiment les écrivains et leur métier.
« Ce Monde-là » Très bel ouvrage de photos de Georges Bartoli accompagné de textes de Leila Shahid, Vandana Shiva, José Bové, Malika Mokkeder et Manuel Vasquez Montalban. Edition Eden
« Le Sud, dans la mondialisation. Quelles alternatives ? » Pas de recettes miracles, mais une réflexion qui s’efforce de mettre en cohérence des formes d’actions diverses, à l’image des peuples et économies du Sud. Odile Castel. La découverte. 15
« Économie le Réveil des citoyens », Une formidable boite à idées pour tous ceux qui cherchent à vivre une économie plus conforme à leurs idéaux de solidarité. Henri Rouillé d’Orfeuil. Fondation Charles Léopold Mayer. 15
BD :
Trois BD traitent de la vie de personnalités qui ont marqué la non violence. Gandhi / Martin Luther King / Nelson Mandela (Boutiques Artisans du Monde)
Décoration : Une affiche originale (60/80) sur les 100 dates et personnes qui ont marqué la Non Violence au XX ème siècle disponible par correspondance. (Cf : Non Violence Actualité - 6,41))
CD :
« SOS Planet Earth » 14 artistes dont : Johnny Clegg, Toure Kunda, Sergent Garcia Youssou N’Dour, Peter Gabriel, I Muvrini ont réalisé ce CD pour financer des micro projets de développement durable. « Utopie d’occase » Zebda, Chansons qui expriment avec force et poésie la difficulté de la vie dans les cités, de s’intégrer. A mettre en parallèle avec un beau film documentaire d’Éric Pittard « Le bruit, l’odeur et quelques étoiles » qui a donné la parole aux jeunes ayant participés aux violences qui ont suivies la mort du jeune Habib tué par la police dans un quartier toulousain en 1998.
Cinémas indépendants : Comme les librairies, les cinémas indépendants sont de plus en plus rares, mis hors jeu par les grandes surfaces du cinéma, les multiplexes, qui privilégient les plus gros profits et tout ce qui peut rentabiliser au maximum leur activité, au détriment de la dimension culturelle et artistique des films distribués. Il existe aussi dans les cinémas indépendants des formules (carnet de 10 places ou carte d’abonnement) qui peuvent être offerts.
Abonnement à des revues d’informations indépendantes : (pour les adultes)
« S !lence » Mensuel Écologie-Alternatives-Non-Violence. Possibilité de s’abonner (ou se réabonner 1 an) et d’offrir des abonnements découvertes de 6 mois à 5 personnes pour 75
« Campagnes Solidaires » Mensuel de la Confédération Paysanne
« Politis » Hebdomadaire pour une information sur l’actualité citoyenne (offre d’abonnement pour les nouveaux abonnés 69 pour un an au lieu de 117,60 avec un tirage au sort pour partir à Porto Alegre en janvier 2003)
« Le Monde Diplomatique »
« Alternatives Economiques »
« Témoignage Chrétien »
Donner du sens à son argent en ouvrant un livret Agir (Nef/Crédit coopératif) (www.laNef.com 0811 90 11 90) pour soutenir par exemple le logement social avec Habitat et Humanisme (www.habitat-humanisme.org 04 72 27 42 58) grâce au partage d’une partie de ses intérêts.
Pour d’autres idées de lieux d’achat au quotidien.
Des cadeaux originaux et plus personnels : offrir de son temps et aider les enfants à être créatifs.
Une autre façon d’envisager Noël avec les enfants est de leur consacrer du temps. Leur proposer des activités de création, de construction d’objets, de jouets, de décoration, de jeux en extérieur, jeux coopératifs, sensibilisation au recyclage et au développement durable.
Avec un peu d’imagination et en récupérant toutes sortes de déchets non toxiques et non dangereux (bouteilles plastiques, briques alimentaires, chiffons, canettes, boites de conserves, bouchons de lièges ou bouchons de lait) il est possible de fabriquer des jouets, des instruments de musiques, des objets de décoration, des costumes, de décorer le sapin, la maison ou le jardin avec tous les emballages colorés..
Le livre « Recyclons » vient de paraître dans la collection « BricoEco » (Casterman 6.25) et est écrit par Bernadette Theulet-Luzié. Il propose de très belles illustrations et idées pour faire naître toute une panoplie d’objets insolites grâce à la récupération d’objets divers (Boîtes et bouteilles plastique de toutes sortes, bouchons et vieux bidons, tout est bon) et se transforme en "Un manchot à chapeau pour euros", "Une boîte crocodile pour gros chagrins", "Un hérisson glouton porte-crayons"
Bernadette Theulet-Luzié est déjà connue pour avoir réalisé un livre de référence très utilisé dans le milieu des associations de sensibilisation à l’environnement. « Récup’création » (Casterman 22) offre une étendue beaucoup plus large des possibilités de transformer un objet de façon ludique et enrichissante.
C’est un bon moyen de sensibiliser enfants et adultes à l’importance du problème des déchets, du tri sélectif et à la question de la récupération. Vos enfants peuvent aussi se transformer en ambassadeurs du respect de l’environnement en inscrivant leur classe (avant le 31 Janv. 2003) à un concours national « Des Trésors dans les poubelles ». Une exposition des objets sélectionnés aura lieu à la cité des sciences et de l’Industrie de La Vilette (mai 2003) avec remise des prix.
Renseignements auprès des CDTM (Centre de Documentation tiers Monde) où il est possible d’emprunter ou d’acheter divers documents pédagogiques (exemples, questions, jeux) « Citoyens d’une même planète, aujourd’hui et Demain » « Le développement durable »« Cap sur un développement durable »
Un bon moyen de recycler toutes les publicités qui envahissent nos boîtes aux lettres est de les transformer en papier mâché et pourquoi pas en cartes de vœux personnelles ou de les utiliser pour emballer nos cadeaux.
De nombreux guides de bricolage existent, un exemple « Copain du Bricolage » Didier Schmitt, collection Milan 22 60 qui donne une multitude d’exemples et d’idées très originales.
Pour les jeux de groupe de type coopératifs, il existe des manuels expliquant les règles : ils peuvent être disponibles dans certaines boutiques Artisans du Monde ou de Non-Violence-Actualité « Jouons ensemble » : 40 jeux ou « Je coopère, je m’amuse » : 100 jeux coopératifs à découvrir. La coopération crée dans le groupe une sécurité de base, une atmosphère de confiance où chacun peut apprendre à s’exprimer, à défendre son point de vue avec assurance. Coopérer c’est "construire ensemble", mais l’action collective n’est pas la simple addition des actions individuelles ! Par le dialogue et la négociation il est possible de trouver ensemble la meilleure façon de jouer. Une bonne préparation à d’autres types de relation dans la société que celles fondées sur la compétition et l’individualisme ! Avec un peu d’imagination, vous pouvez également organiser avec vos enfants et ceux du quartier : « Une véritable chasse au trésor » en donnant des « parties d’indices » à chaque enfant. Leur regroupement est nécessaire pour comprendre l’indice et avoir une chance d’arriver ensemble jusqu’au trésor. Un moment de bonheur pour petits et grands qui peut marquer beaucoup plus que certains cadeaux.
Très bonnes fêtes à tous.
Marc Padilla
tiré de http://www.actionconsommation.org/publication/article.php3?id_article=0106